Pierre Chanteau, artiste plasticien du littoral breton

Pierre Chanteau était un artiste plasticien installé à Carantec, dans le Finistère, principalement connu pour ses 113 yeux en mosaïque installés le long du littoral et sur les îles du département. Il est décédé le 28 mars 2025. Sa démarche artistique, ancrée dans la baie de Morlaix, mêlait sculpture, installation, récupération d’objets trouvés sur les grèves, mais aussi théâtre et musique. Cet article revient sur son parcours, sur le sens de son projet emblématique et sur les matériaux qui nourrissaient l’ensemble de son travail.
Un artiste de Carantec ancré dans la baie de Morlaix
Pierre Chanteau menait son travail depuis son atelier baptisé L’Âge de Pierre, à Carantec. Sa pratique était profondément liée au territoire de la baie de Morlaix, dont il tirait à la fois son inspiration et ses matériaux. Loin d’une œuvre confinée à un atelier fermé, son travail s’est progressivement déployé sur l’ensemble du littoral, transformant les rivages du Finistère en un espace d’exposition à ciel ouvert. Cet ancrage local se retrouve dans chacune de ses créations, pensées en lien direct avec les éléments et les paysages côtiers qui l’entouraient au quotidien.
Le projet Taol-lagad, serr-lagad et les yeux du littoral
Son projet le plus emblématique porte le nom breton Taol-lagad, serr-lagad, que l’on pourrait traduire approximativement par « coup d’œil, clin d’œil ». Il regroupe 113 compositions en mosaïque, offertes aux communes littorales du Finistère ainsi qu’à plusieurs îles, et installées sur des cales, des jetées, des digues et d’autres sites maritimes. Chaque œuvre prend la forme d’un œil, réalisé en verre et en éclats de faïence, souvent polis par la mer avant d’être intégrés à la composition.
La symbolique protectrice des yeux en mosaïque
Les yeux de Pierre Chanteau ne relèvent pas d’un simple motif décoratif. Ils font directement référence aux yeux protecteurs peints sur la proue des navires dans l’Antiquité, censés veiller sur l’embarcation et ses occupants. En les installant sur les points stratégiques du littoral, l’artiste rendait hommage aux marins, aux sauveteurs en mer et à toutes les personnes qui, au quotidien, veillent sur ceux qui prennent la mer. Ce geste artistique portait aussi un message de solidarité et d’attention portée au milieu marin, dans un territoire où la mer façonne à la fois les paysages et les vies.
Des matériaux puisés dans le paysage littoral
Le travail de Pierre Chanteau reposait sur un usage constant de matériaux de récupération : bois flotté, métal rouillé, débris de verre et fragments de faïence ramassés directement sur les grèves. Cette matière première, façonnée par les courants et le temps, devenait la base même de ses compositions en verre et faïence. Cette démarche donnait à chaque œuvre une texture singulière, où l’usure naturelle des matériaux se mêlait au geste de l’artiste, brouillant la frontière entre objet trouvé et création artistique.
Une pratique artistique protéiforme
Au-delà des yeux en mosaïque qui ont fait sa notoriété, Pierre Chanteau développait une pratique artistique bien plus large. Il pratiquait la sculpture et l’installation, souvent à partir d’objets détournés de leur usage initial. Sa créativité s’étendait également au spectacle vivant : il était aussi comédien et musicien, notamment à travers le spectacle Ivre Virgule. Cette diversité de pratiques témoigne d’un artiste refusant de se limiter à une seule discipline, préférant faire dialoguer les arts plastiques avec la scène et la musique.
Un livre photographique pour documenter les 113 yeux
Le projet des yeux du littoral a fait l’objet d’un livre photographique de 144 pages, qui recense et documente l’ensemble des installations réparties le long des côtes et des îles du Finistère. Cet ouvrage permet de suivre la répartition géographique du projet, de la baie de Morlaix jusqu’aux communes insulaires, et de mesurer l’ampleur d’une œuvre disséminée sur l’ensemble du territoire littoral.
Répartition du projet sur le littoral finistérien
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nombre d’œuvres | 113 yeux en mosaïque |
| Territoire concerné | Communes littorales et insulaires du Finistère |
| Matériaux principaux | Verre, faïence, objets récupérés |
| Support documentaire | Livre photographique, 144 pages |
Un artiste plasticien breton reconnu localement
Pierre Chanteau s’inscrit pleinement dans la tradition de l’art maritime breton, en donnant une forme artistique contemporaine à des symboles anciens liés à la protection des gens de mer. Son travail, disséminé sur des dizaines de sites du littoral, a fini par constituer un véritable parcours artistique à ciel ouvert, connu et reconnu bien au-delà de Carantec. Depuis sa disparition le 28 mars 2025, ses 113 yeux continuent de veiller sur les côtes du Finistère, perpétuant ainsi l’hommage qu’il souhaitait rendre aux marins et aux sauveteurs en mer.
L’héritage artistique d’un veilleur du littoral 👁️
L’œuvre de Pierre Chanteau demeure aujourd’hui inscrite dans le paysage du Finistère, entre cales, digues et jetées, comme autant de repères silencieux tournés vers la mer. Son travail, à la croisée de l’art, de la mémoire maritime et de l’attention portée aux gens de mer, continue de marquer durablement l’identité artistique et culturelle du littoral breton.

