Paul Signac : le néo-impressionnisme, Saint-Tropez et la couleur pure

Paul Signac (1863-1935) est indissociable du néo-impressionnisme, ce mouvement qui a voulu donner une base scientifique à la couleur. Ami et continuateur de Georges Seurat, marin passionné, découvreur de Saint-Tropez et président du Salon des Indépendants pendant plus de vingt-cinq ans, il a aussi été un passeur entre l’impressionnisme et les avant-gardes du XXe siècle.
Des débuts impressionnistes à la rencontre de Seurat
Né à Paris en 1863 dans une famille de commerçants aisés, Signac renonce à des études d’architecture pour la peinture. Il se forme en autodidacte, en admirant Monet, dont il copie la manière dans ses premiers paysages de bords de Seine.
En 1884, il participe à la fondation de la Société des artistes indépendants, salon sans jury ni récompense. Il y rencontre Georges Seurat, qui expose Une baignade, Asnières. Cette rencontre change sa trajectoire : les deux peintres vont mettre au point ensemble une méthode nouvelle.
Le divisionnisme, ou pointillisme, expliqué simplement
Le principe est de ne plus mélanger les couleurs sur la palette, mais de poser côte à côte de petites touches de couleurs pures. C’est l’œil du spectateur, à distance, qui opère le mélange. Seurat et Signac s’appuient sur les travaux de chimistes et physiciens comme Michel-Eugène Chevreul, qui avait étudié le contraste simultané des couleurs.
Signac préférait le terme de divisionnisme à celui de « pointillisme », qu’il jugeait réducteur : l’enjeu n’est pas le point, mais la division méthodique du ton. Avec les années, ses touches s’élargissent d’ailleurs en petits pavés rectangulaires, comme une mosaïque.
En 1899, il publie D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, un texte qui défend la méthode et la rattache à la tradition des grands coloristes. Ce livre a été lu de près par la génération suivante.
Saint-Tropez, la mer et l’aquarelle
Navigateur expérimenté, propriétaire de plusieurs bateaux, Signac découvre Saint-Tropez en 1892 en y accostant. Il y achète la villa La Hune et y invite de nombreux peintres. C’est là qu’en 1904 Henri Matisse peint Luxe, calme et volupté, sa grande toile divisionniste, juste avant de basculer dans le fauvisme.
Ports, voiliers, couchers de soleil et vues de la Méditerranée deviennent ses sujets favoris. Il pratique aussi intensément l’aquarelle, plus libre et plus rapide, notamment lors de sa série des ports de France commencée en 1929.
Un artiste engagé
Signac est proche des milieux anarchistes, comme son ami le critique Félix Fénéon, dont il peint un portrait célèbre (1890, MoMA, New York) sur un fond tournoyant de motifs colorés. Il fournit des dessins à la presse libertaire et rêve d’une peinture qui annonce une société plus harmonieuse, idée qu’il exprime dans la grande toile Au temps d’harmonie (1893-1895), visible à la mairie de Montreuil.
Le président des Indépendants
De 1908 à 1934, Signac préside la Société des artistes indépendants. Il y défend les jeunes peintres, fauves et cubistes compris, même lorsqu’il ne partage pas leurs choix. C’est dans ce paysage artistique que s’inscrivent aussi les collectionneurs et peintres de l’art moderne naissant, comme Georgette Agutte et Marcel Sembat, défenseurs passionnés de la nouvelle peinture.
Les œuvres de Signac à connaître
- Portrait de Félix Fénéon (1890), Museum of Modern Art, New York.
- Femmes au puits (1892), musée d’Orsay.
- Au temps d’harmonie (1893-1895), mairie de Montreuil.
- L’Entrée du port de Marseille (1911), musée d’Orsay.
- Le Palais des papes, Avignon (1909), musée d’Orsay.
Le musée de l’Annonciade, à Saint-Tropez, conserve aussi un bel ensemble néo-impressionniste et fauve, dans la ville même que Signac a fait connaître aux peintres.
Questions fréquentes sur Paul Signac
Quelle différence entre Seurat et Signac ?
Seurat, mort jeune en 1891, est l’inventeur rigoureux de la méthode, avec de grandes compositions très construites. Signac la prolonge pendant plus de quarante ans, avec des couleurs plus vives, des touches plus larges et une prédilection pour les marines.
Signac a-t-il influencé les fauves ?
Oui. Matisse, Derain ou Henri-Edmond Cross ont tous traversé une phase divisionniste. Les fauves ont gardé l’usage de la couleur pure, mais abandonné la méthode et la touche régulière.

