Georgette Agutte

Artiste peintre dans un atelier lumineux avec chevalet, tableaux et vue sur la vallée de la Seine

Georgette Agutte est une figure importante de l’histoire artistique liée à la Maison Agutte-Sembat. Peintre, sculptrice, collectionneuse et femme libre pour son époque, elle fut l’épouse de Marcel Sembat, mais aussi une artiste à part entière, proche des milieux modernes du début du XXe siècle.

Son parcours croise la peinture, la sculpture, les salons parisiens, les avant-gardes artistiques, le fauvisme et l’histoire patrimoniale de Bonnières-sur-Seine. À travers son œuvre et la collection constituée avec Marcel Sembat, elle a laissé un héritage majeur, aujourd’hui en grande partie associé au musée de Grenoble.

Une enfance dans un milieu sensible aux arts

Louise Georgette Aguttes, plus connue sous son nom d’artiste Georgette Agutte, naît à Paris le 17 mai 1867. Son père, Jean Georges Aguttes, est artiste peintre, élève de Félix Barrias et de Camille Corot. Il meurt accidentellement l’année de sa naissance.

Sa mère, Maria Debladis, se remarie ensuite avec Pierre-Nicolas Hervieu, négociant en métaux à Paris. Georgette grandit dans un milieu bourgeois aisé, auprès de ses demi-frères et sœurs, dans un environnement où l’éducation artistique occupe une place réelle.

Cette sensibilité précoce aux arts va marquer toute sa vie. Avant de devenir peintre, elle se forme d’abord à la sculpture auprès de Louis Schrœder, élève de François Rude. Elle expose au Salon des artistes français dès 1887, preuve d’une entrée précoce dans le monde artistique.

Une formation artistique exigeante

En 1888, Georgette Agutte épouse le critique d’art Paul Flat, secrétaire général de La Revue bleue. Celui-ci est notamment connu pour avoir contribué, avec René Piot, à la publication du Journal d’Eugène Delacroix à la fin du XIXe siècle.

Grâce à René Piot, Georgette Agutte est admise en 1893 comme élève libre dans l’atelier du peintre Gustave Moreau à l’École nationale des Beaux-Arts. Cette étape est décisive. L’enseignement de Gustave Moreau marque toute une génération d’artistes qui joueront un rôle majeur dans la modernité picturale.

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Dans cet environnement, Georgette Agutte côtoie des artistes comme Henri Matisse, Georges Rouault, Albert Marquet ou encore Paul Signac. Elle évolue donc au contact direct de peintres qui participeront aux grandes transformations artistiques du début du XXe siècle.

Le choix du nom Agutte

En 1894, Georgette rompt son union avec Paul Flat. Ce choix témoigne déjà d’une indépendance rare pour l’époque. À partir de cette période, elle choisit aussi de signer ses œuvres sous le nom d’artiste « Agutte », en supprimant le « s » final de son nom de naissance.

Ce nom devient celui sous lequel elle construit son identité artistique. Il ne s’agit pas d’un simple détail orthographique, mais d’une manière d’affirmer une place propre dans le monde de l’art.

La même période la rapproche progressivement de Marcel Sembat. Sa tante possède une maison voisine de celle des Sembat à Bonnières-sur-Seine, ce qui favorise probablement leur rencontre. Marcel Sembat l’épouse le 27 février 1897.

Le couple Agutte-Sembat

L’union de Georgette Agutte et Marcel Sembat est centrale dans l’histoire de la Maison Agutte-Sembat. Leur relation dépasse largement le cadre privé. Elle repose sur une complicité intellectuelle, artistique et politique.

Marcel Sembat, homme politique, journaliste, avocat et amateur d’art, soutient activement les artistes modernes. Georgette Agutte, de son côté, poursuit une œuvre personnelle ambitieuse. Ensemble, ils fréquentent les milieux artistiques, collectionnent des œuvres, échangent avec de nombreux peintres et défendent une vision ouverte de la création.

Leur couple est souvent présenté comme fusionnel. Leur histoire commune est indissociable de la maison de Bonnières-sur-Seine, qui devient pour eux un refuge, un lieu de travail, de repos, de création et de mémoire.

Une artiste indépendante dans l’ombre d’un homme public

La position de Georgette Agutte fut à la fois privilégiée et complexe. Elle n’eut pas besoin de vendre ses œuvres pour vivre, ce qui lui offrait une grande liberté matérielle. Mais cette situation pouvait aussi la faire passer, aux yeux de certains, pour une simple dilettante.

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Vivre auprès d’un homme politique aussi connu que Marcel Sembat aurait pu réduire son image à celle d’une épouse cultivée pratiquant la peinture par goût mondain. Pourtant, son parcours montre au contraire une artiste engagée, productive et profondément attachée à la création.

Georgette Agutte n’a pas peint par passe-temps. Elle a travaillé avec constance, expérimenté, exposé et entretenu des liens solides avec les artistes de son époque.

Une œuvre abondante et variée

Georgette Agutte fut une artiste très prolifique. Son œuvre compte plusieurs centaines de tableaux. Elle travaille dans différents lieux : son atelier parisien du 11 rue Cauchois, dans le XVIIIe arrondissement, l’atelier aménagé pour elle dans la maison familiale de Bonnières-sur-Seine, mais aussi directement sur les sites qui l’inspirent.

Les bords de Seine, les paysages de montagne, les bords de mer, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Suisse ou encore l’Égypte nourrissent son regard. Elle peint des paysages, des portraits, des nus, des scènes d’intérieur et des compositions où la couleur joue un rôle essentiel.

Son goût personnel pour la couleur la rapproche fortement des artistes fauves. Elle choisit clairement la modernité, à une époque où cette orientation artistique n’est pas encore pleinement acceptée.

Une proximité avec les fauves

Georgette Agutte expose régulièrement au Salon d’Automne, défendu avec énergie par Marcel Sembat, ainsi qu’au Salon des Indépendants, animé par Paul Signac, ami fidèle du couple.

Ses échanges avec Henri Matisse influencent fortement certaines de ses recherches. Elle explore différents styles, renouvelle ses approches et tente même des expériences techniques originales, notamment la peinture sur fibrociment.

Elle organise également plusieurs expositions personnelles dans de grandes galeries parisiennes de son époque : Georges Petit en 1908, Eugène Druet en 1910 et 1921, puis Bernheim-Jeune en 1914 et 1919. Ces expositions témoignent de sa reconnaissance dans le monde artistique parisien.

Une intermédiaire entre les artistes et Marcel Sembat

Tout au long de sa vie, Georgette Agutte joue aussi un rôle d’intermédiaire entre les artistes et Marcel Sembat. Le couple entretient des correspondances suivies avec plusieurs figures majeures de l’art moderne, notamment Matisse et Signac.

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Cette position est importante. Georgette Agutte n’est pas seulement une artiste isolée dans son atelier. Elle participe à un réseau artistique vivant, où circulent les idées, les œuvres, les soutiens et les débats.

La Maison Agutte-Sembat garde ainsi le souvenir d’un lieu lié à la création, mais aussi aux rencontres intellectuelles et artistiques de son époque.

La collection Agutte-Sembat

En vingt-cinq ans de vie commune, Georgette Agutte et Marcel Sembat constituent une collection remarquable. Celle-ci reflète leur passion commune pour l’art moderne, leur goût pour le néo-impressionnisme et leur intérêt marqué pour le fauvisme.

La collection réunit notamment des œuvres de Matisse, Derain, Rouault, Signac, Vlaminck, Van Dongen, Marquet ou encore Cross. Elle témoigne d’un regard audacieux, attentif aux artistes vivants et aux mouvements encore discutés par une partie du public.

Le couple meurt sans enfant. Conformément à ses volontés, la collection Agutte-Sembat, comprenant également une part importante des œuvres de Georgette Agutte, est léguée en 1923 au musée de Grenoble par les héritiers. Le musée expose cet ensemble dès 1924, renforçant sa place dans l’histoire de l’art moderne en France.

Une mémoire familiale et patrimoniale

La parenté descendante de Georgette Agutte est notamment représentée par les familles Varagnac et Collart, issues des branches familiales liées aux Hervieu. Ces héritiers successifs participent à la transmission de la mémoire du couple Agutte-Sembat.

Cette mémoire ne concerne pas seulement une vie privée. Elle touche à l’histoire de l’art, à l’histoire locale de Bonnières-sur-Seine, à la constitution d’une collection majeure et à la reconnaissance progressive de la modernité artistique.

Une artiste à redécouvrir

Georgette Agutte mérite d’être regardée pour elle-même. Son nom reste souvent associé à Marcel Sembat, mais son œuvre, sa liberté, ses recherches picturales et sa proximité avec les avant-gardes en font une personnalité artistique singulière.

Elle incarne une femme artiste de son temps, mais aussi en avance sur son époque : indépendante, cultivée, engagée dans la modernité et pleinement investie dans son travail.

À travers ses tableaux, ses expositions, ses liens avec les fauves et l’héritage transmis au musée de Grenoble, Georgette Agutte continue d’occuper une place précieuse dans l’histoire de la Maison Agutte-Sembat et dans celle de l’art moderne français.

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