Kirkeby Artist : Per Kirkeby, peinture abstraite, briques et géologie

Kirkeby artist représenté par une sculpture monumentale en briques dans un parc contemporain.

Quand on cherche kirkeby artist, le nom qui s’impose est celui de Per Kirkeby (1938–2018), l’un des artistes danois les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Peintre, sculpteur, écrivain, cinéaste et géologue de formation, il a construit une œuvre d’une ampleur exceptionnelle qui refuse toute classification simple dans les courants de l’art contemporain.

Ce qu’il faut retenir sur Per Kirkeby :

  • Né en 1938 à Copenhague, mort en 2018 ; géologue de formation (expéditions au Groenland)
  • Cofondateur de l’Experimental Art School de Copenhague en 1961
  • Peintre abstrait reconnu internationalement dès les années 1970–1980
  • Sculpteur auteur de brick sculptures monumentales installées dans le monde entier
  • Œuvres conservées à la Tate, au Louisiana Museum, au MoMA et dans de grandes collections publiques

Géologue, explorateur et artiste : la formation d’un regard singulier

Per Kirkeby fait ses études de géologie à l’Université de Copenhague dans les années 1950, avant de participer à plusieurs expéditions scientifiques au Groenland. Cette formation n’est pas un simple détail biographique : elle est au cœur de tout ce qu’il produira ensuite. La géologie lui apprend à lire la matière comme une archive du temps, à percevoir dans une roche la sédimentation de millions d’années, à comprendre que les formes visibles sont toujours le résultat de forces invisibles et de durées incommensurables.

C’est avec ce regard de géologue que Kirkeby aborde la peinture, la sculpture et l’écriture. Son œuvre ne représente pas la nature : elle mime ses processus, adopte ses rythmes lents, reproduit ses logiques de stratification et d’érosion. La géologie n’est pas un thème pour lui — c’est une méthode.

En 1961, alors qu’il est encore étudiant, il cofonde avec d’autres artistes l’Experimental Art School (Den Eksperimenterende Kunstskole) à Copenhague, structure alternative aux institutions académiques qui devient un foyer pour le mouvement Fluxus scandinave et pour les avant-gardes du moment. Kirkeby y rencontre des artistes, des musiciens et des théoriciens qui élargissent son horizon bien au-delà de la géologie.

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Peinture abstraite : strates, matière et paysages mentaux

La peinture est au cœur de l’œuvre de Per Kirkeby, et c’est là que son originalité s’affirme avec le plus de force. Ses toiles — souvent de grand format, dans des gammes de verts sombres, de bruns, de noirs et d’ocres illuminés de touches plus claires — ne sont ni des paysages ni des abstractions pures : elles occupent un espace intermédiaire que l’on a souvent qualifié de paysages abstraits ou de paysages mentaux.

La matière picturale est l’élément central de ces œuvres. Kirkeby travaille la peinture par couches successives, en ajoutant et en grattant, en recouvrant et en laissant apparaître des strates antérieures. Le résultat est une surface qui a une épaisseur temporelle autant que physique : on perçoit le travail qui a précédé l’état final, les décisions prises et défaites, les accidents intégrés. Cette logique est exactement celle de la géologie : ce que l’on voit n’est que la surface d’un processus beaucoup plus long.

Les formes qui émergent de cette matière sont ambiguës par principe. On croit reconnaître des arbres, des branches, des horizons, des silhouettes architecturales ou des formations rocheuses — et puis le regard glisse, la certitude se dissout, la forme redevient couleur et texture. Cette instabilité n’est pas un défaut de lisibilité : elle est le sujet même de la peinture. Kirkeby construit des images qui exigent du temps, qui résistent à la lecture rapide et qui récompensent la contemplation prolongée.

Sa peinture abstraite s’inscrit dans une tradition nordique — Asger Jorn, dont le Museum Jorn à Silkeborg conserve un fonds considérable, est une référence importante — tout en dialoguant avec l’expressionnisme abstrait américain et avec les courants européens de l’art informel. Mais la dimension géologique et littéraire de son travail lui confère une singularité qui le distingue nettement de tous ses contemporains.

Sculptures en briques : l’architecture comme sculpture permanente 🧱

L’une des contributions les plus reconnaissables de Per Kirkeby à l’histoire de l’art est ses brick sculptures — des constructions en briques, souvent monumentales, qui occupent l’espace public ou muséal avec une présence à la fois massive et étrangement légère.

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Ces structures en briques ne sont pas des bâtiments fonctionnels et ne sont pas non plus des sculptures au sens traditionnel du terme. Elles forment des volumes praticables ou non, percés d’ouvertures, articulés en plans qui créent des jeux d’ombre et de lumière selon l’angle de vue et le moment de la journée. Leur matériau — la brique, matériau de construction le plus banal qui soit — est choisi précisément pour cette banalité : Kirkeby s’intéresse aux formes que l’histoire de l’architecture a accumulées, aux arches, aux murs, aux contreforts, et les cite sans les reproduire, les déforme sans les parodier.

Ces sculptures ont été installées dans des espaces publics à travers l’Europe et aux États-Unis : places, parcs, entrées de musées. Leur rapport à l’architecture est aussi fondamental que leur rapport à la sculpture, et c’est cette double appartenance qui en fait des objets si difficiles à classer et si durablement présents dans la mémoire de ceux qui les ont vus.

Les bronze sculptures constituent l’autre versant de sa pratique sculpturale. Plus proches de la tradition figurative, elles représentent des formes organiques — arbres, corps, structures végétales — traitées avec la même ambiguïté que ses peintures : reconnaissables et indéterminées à la fois.

PratiqueMatériauxCaractéristiquesExemples de lieux
Peinture abstraiteHuile sur toileStrates, matière épaisse, paysages mentauxTate, Louisiana Museum, MoMA
Brick sculpturesBriquesMonumental, architectural, espaces publicsHambourg, Francfort, Copenhague
Bronze sculpturesBronzeFormes organiques, ambiguïté figurativeCollections privées et publiques
Œuvres sur papierEncre, gouacheRapidité, spontanéité, sérieMusées et collections internationales

Présence institutionnelle : Tate, Louisiana Museum, MoMA

Per Kirkeby est l’un des rares artistes danois à avoir acquis une reconnaissance institutionnelle véritablement internationale de son vivant. La Tate à Londres possède plusieurs de ses peintures majeures et lui a consacré des présentations dans ses accrochages permanents. Le Louisiana Museum of Modern Art, à Humlebæk au Danemark, conserve un ensemble important de ses œuvres et a organisé plusieurs expositions significatives : c’est l’institution danoise qui lui est la plus étroitement associée dans l’esprit du public international.

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Le MoMA à New York possède des œuvres sur papier et des peintures, témoignant de la réception américaine de son travail dès les années 1980. Des musées allemands — notamment à Hambourg et à Francfort, villes où ses sculptures en briques ont une présence particulièrement forte — ont également constitué des fonds importants.

Le Museum Jorn à Silkeborg, qui conserve et valorise l’héritage de l’art danois d’avant-garde depuis COBRA, situe Kirkeby dans une généalogie artistique nordique cohérente, de Jorn à ses propres contemporains.

Cote et réception critique de Per Kirkeby aujourd’hui

La cote de Per Kirkeby en vente publique reste solide et régulière depuis les années 1990, sans jamais avoir atteint les niveaux spéculatifs de certains de ses contemporains. Ses grandes peintures sur toile des années 1970–1990 constituent les lots les plus recherchés, atteignant régulièrement des résultats à six chiffres dans les maisons de vente internationales. Les œuvres sur papier offrent un accès plus large à son œuvre pour les collectionneurs de moindre budget.

La réception critique de son travail a toujours été forte en Europe du Nord et en Allemagne, un peu plus discrète dans le monde anglo-saxon malgré la présence institutionnelle britannique et américaine. La profondeur littéraire et théorique de son œuvre — il a publié de nombreux textes sur l’art, la nature et la géologie — a parfois rendu son travail moins immédiatement accessible que celui d’artistes au geste plus spectaculaire.

Pour quiconque s’intéresse à l’art contemporain et à ce que la peinture peut encore faire quand elle prend le temps de sa complexité, l’œuvre de Per Kirkeby reste l’une des plus riches et des plus exigeantes de sa génération.

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