Félix Vallotton : gravures, Nabis et peinture au scalpel

Félix Vallotton (1865-1925) est un artiste à part. Suisse installé à Paris, naturalisé français, il a renouvelé la gravure sur bois, appartenu au groupe des Nabis, puis développé une peinture lisse et froide, d’une ironie parfois cruelle. Longtemps jugé à contre-courant, il est aujourd’hui considéré comme un précurseur de nombreuses images modernes, du cinéma à la bande dessinée.
De Lausanne à l’Académie Julian
Né à Lausanne en 1865 dans une famille protestante, Vallotton arrive à Paris à 17 ans pour étudier à l’Académie Julian. Il y acquiert une solide formation de dessinateur et admire Holbein, Ingres et les maîtres de la précision. Ses débuts sont difficiles : il vit de restaurations de tableaux, de critiques d’art et de travaux d’illustration.
La révolution de la gravure sur bois
C’est la xylographie, ou gravure sur bois, qui le rend célèbre au début des années 1890. Vallotton pratique un art d’oppositions brutales entre grands aplats noirs et blancs purs, sans demi-teintes. Ses scènes de rue, de manifestations, de foule sous la pluie ou d’enterrements sont publiées dans les revues de l’époque, dont La Revue blanche.
Sa série Intimités (1897-1898), dix planches consacrées aux tensions du couple bourgeois, est considérée comme un chef-d’œuvre de la gravure moderne. Le noir y devient un acteur du récit : il cache, il menace, il suggère ce qui n’est pas dit.
Le « Nabi étranger »
Vers 1892, Vallotton se rapproche du groupe des Nabis, avec Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Paul Sérusier et Maurice Denis. Ses amis le surnomment le « Nabi étranger », en raison de son origine suisse mais aussi de sa personnalité réservée. Il partage avec eux le goût des aplats, des cadrages audacieux et des scènes d’intérieur, mais sa vision est plus incisive.
Le Ballon (1899, musée d’Orsay), où une enfant court après une balle rouge dans un parc vu en plongée, illustre ce style : grandes zones de couleur, ombre menaçante, impression d’un moment suspendu.
Une peinture lisse, ironique et troublante
En 1899, Vallotton épouse Gabrielle Rodrigues-Henriques, veuve et sœur des marchands Bernheim-Jeune. Ce mariage lui apporte l’aisance et la possibilité de se consacrer à la peinture. Il obtient la nationalité française en 1900.
Sa peinture se caractérise alors par :
- Une surface lisse, sans trace de pinceau visible ;
- Des couleurs franches posées en zones nettes ;
- Des nus froids et sculpturaux, très éloignés de la sensualité traditionnelle ;
- Des intérieurs où les personnages semblent pris dans des drames muets ;
- Des paysages recomposés, qu’il appelle « paysages composés », peints de mémoire en atelier.
La guerre de 1914-1918
Trop âgé pour être mobilisé, Vallotton se rend en mission sur le front en 1917 comme peintre. Il en rapporte des tableaux d’une grande force, comme Verdun (1917, musée de l’Armée), où la bataille devient une composition presque abstraite de rayons lumineux, de fumées et de terre éventrée. Il publie aussi la série gravée C’est la guerre ! (1915-1916).
Où voir Vallotton
- Musée d’Orsay, Paris : Le Ballon et plusieurs grands intérieurs et nus.
- Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (Plateforme 10) et Fondation Félix Vallotton : la référence pour son œuvre.
- Musée de l’Armée, Paris : Verdun.
- Le Grand Palais lui a consacré une rétrospective en 2013, qui a beaucoup contribué à sa redécouverte en France.
Questions fréquentes sur Félix Vallotton
Vallotton est-il suisse ou français ?
Les deux : né en Suisse, il a été naturalisé français en 1900 et a fait l’essentiel de sa carrière à Paris, où il est mort en 1925.
Quelle est l’œuvre la plus connue de Vallotton ?
En peinture, Le Ballon (1899). En gravure, la série Intimités, régulièrement exposée et reproduite.

