Ubac peintre : Raoul Ubac, de la photographie surréaliste à l’ardoise abstraite

Ubac peintre travaillant une ardoise gravée dans un atelier d’art abstrait aux tons sombres.

Quand on cherche Ubac peintre, le nom qui s’impose est celui de Raoul Ubac, de son nom complet Rudolf Gustav Maria Ernst Ubach (1910–1985). Cet artiste franco-belge est l’une des figures les plus singulières de l’art du XXe siècle : à la fois photographe, peintre, graveur et sculpteur, il a traversé le surréalisme avant de construire une œuvre abstraite d’une cohérence et d’une austérité remarquables.

Ce qu’il faut savoir sur Raoul Ubac en quelques points :

  • Né en 1910 à Malmedy (Belgique), naturalisé français, mort en 1985
  • Photographe surréaliste dans les années 1930, proche de Breton et des cercles parisiens
  • Peintre abstrait à partir des années 1950, associé à la Nouvelle École de Paris
  • Sculpteur et graveur, connu pour ses travaux sur ardoise
  • Œuvres conservées au Centre Pompidou et dans de grandes collections internationales

De Malmedy à Paris : formation et rencontre avec le surréalisme

Raoul Ubac naît en 1910 dans la région germanophone de Belgique. Il arrive à Paris au début des années 1930, s’inscrit à la Sorbonne et fréquente rapidement les milieux artistiques d’avant-garde. La rencontre avec le mouvement surréaliste est décisive : Ubac côtoie André Breton, Max Ernst et les photographes qui gravitent autour du groupe, notamment Man Ray, dont les expérimentations en chambre noire ont profondément influencé sa pratique.

La photographie surréaliste devient alors son terrain d’exploration principal. Entre 1934 et 1942, il produit une série de photographies expérimentales qui le distinguent nettement des autres artistes du mouvement. Ces images ne sont pas des photographies de hasard objectif ou de rencontres insolites : ce sont des constructions visuelles obtenues par des manipulations chimiques et optiques poussées à l’extrême.

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Photomontage, solarisation et brûlage : l’invention d’un langage photographique

La contribution de Raoul Ubac à la photographie surréaliste est technique autant qu’esthétique. Il développe et perfectionne plusieurs procédés qui font de ses photographies des objets uniques dans l’histoire du médium.

La solarisation — inversion partielle des valeurs tonales par surexposition de la pellicule en cours de développement — lui permet d’obtenir des images à la limite entre le positif et le négatif, où les corps et les formes semblent se dissoudre dans une lumière anormale. Man Ray avait déjà exploré ce procédé, mais Ubac le pousse vers une abstraction plus radicale.

Le photomontage lui sert à construire des compositions où les corps féminins sont découpés, superposés, retournés et fragmentés jusqu’à perdre leur caractère figuratif. Ces « torses », ces « combat de penthésilées » — titres qu’il donne à ses séries — annoncent déjà les formes minérales et les masses compactes qui domineront sa peinture abstraite des décennies suivantes.

Le brûlage est le procédé le plus radical : Ubac passe littéralement le négatif développé au-dessus d’une flamme, provoquant des altérations irréversibles de la surface qui ajoutent à l’image une texture accidentelle et organique. Ces photographies brûlées sont aujourd’hui parmi les plus recherchées de sa production.

Ses photographies sont publiées dans la revue Minotaure et exposées aux côtés des grandes figures du surréalisme parisien. Mais l’Occupation et la guerre interrompent brutalement cette période : Ubac se retire dans les Ardennes, s’éloigne des milieux parisiens et entreprend une transformation profonde de sa pratique artistique.

Peinture abstraite et Nouvelle École de Paris : l’après-guerre d’Ubac

Dans les années 1950, Raoul Ubac abandonne progressivement la photographie pour se consacrer à la peinture abstraite. Ce tournant n’est pas une rupture : il prolonge les recherches formelles de sa période photographique, en transposant dans la peinture les mêmes obsessions pour la texture, la matière et les formes organiques à mi-chemin entre le minéral et le végétal.

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Il s’inscrit dans le courant de la Nouvelle École de Paris, cette constellation d’artistes abstraits — Hartung, Soulages, Schneider, Poliakoff — qui s’impose sur la scène internationale dans les années 1950–1960 comme l’alternative européenne à l’expressionnisme abstrait américain. Ubac y occupe une place modeste mais réelle, reconnu par ses pairs pour la singularité de sa recherche.

Ses peintures de cette période sont sombres, denses, construites sur des gammes de noirs, de gris et d’ocres. Les titres — Labours, Sillons, Surfaces — indiquent clairement l’orientation : ce sont des paysages intérieurs, des terres retournées, des surfaces que le temps et la lumière travaillent en profondeur.

La Galerie Maeght, à Paris, joue un rôle important dans la diffusion de son œuvre : Ubac y expose régulièrement à partir des années 1950 et entre dans le cercle des artistes que la galerie représente durablement, aux côtés de Giacometti, Miró ou Calder.

L’ardoise : la matière comme œuvre 🪨

Le tournant le plus personnel et le plus reconnaissable de l’œuvre d’Ubac intervient lorsqu’il commence à travailler l’ardoise comme support et comme matériau de sculpture. Ce choix n’est pas anodin : l’ardoise est une roche schisteuse, feuilletée, dont la surface naturelle porte déjà des traces du temps géologique. Ubac n’impose pas une forme à la pierre ; il dialogue avec elle.

Il grave, incise et polit l’ardoise pour en faire émerger des torses, des silhouettes, des figures à peine déduites de la masse originelle. Ces sculptures-reliefs occupent une position intermédiaire entre la gravure et la sculpture en ronde-bosse : elles gardent le format du plan tout en affirmant un volume que la lumière révèle différemment selon l’heure et l’angle de vue.

La gravure sur ardoise est également une pratique à part entière dans son œuvre : les sillons creusés dans la pierre sont à la fois dessin, texture et relief, et la surface de l’ardoise, avec ses variations naturelles de couleur et de brillance, devient une signature visuelle immédiatement reconnaissable.

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PériodePratiqueProcédésThèmes
1934–1942PhotographieSolarisation, photomontage, brûlageTorses, corps, fragments
1945–1955Peinture abstraiteHuile sur toileLabours, sillons, surfaces
1955–1985Ardoise, gravure, sculptureIncision, polissageFormes minérales, torses

Présence muséale et cote de Raoul Ubac

Les œuvres de Raoul Ubac sont conservées dans plusieurs institutions majeures. Le Centre Pompidou à Paris possède un ensemble significatif de ses photographies et de ses peintures, régulièrement présentées dans les accrochages de la collection permanente du Musée national d’Art moderne. Des musées belges et allemands conservent également des œuvres importantes, rappelant ses origines et son ancrage dans l’espace culturel rhénan.

La cote de Raoul Ubac en vente publique reste modérée comparée à celle des figures les plus médiatisées de la Nouvelle École de Paris. Ses photographies surréalistes des années 1930–1940, en particulier les tirages de l’époque et les épreuves de brûlage, atteignent les estimations les plus élevées. Les ardoises sculptées et les grandes peintures abstraites trouvent régulièrement preneurs dans les ventes spécialisées art moderne, notamment chez Artcurial, Christie’s et Sotheby’s.

Ce qu’il faut retenir de Raoul Ubac, artiste franco-belge du XXe siècle

Raoul Ubac est un peintre moderne dont l’œuvre résiste aux étiquettes : trop photographe pour les seuls peintres, trop sculpteur pour les seuls graveurs, trop discret pour les grandes rétrospectives médiatiques. Cette discrétion a peut-être retardé la reconnaissance de son importance, mais elle n’en a pas altéré la profondeur. Ses photographies surréalistes figurent parmi les plus inventives de l’entre-deux-guerres, et ses ardoises comptent parmi les contributions les plus personnelles de l’abstraction française à la question de la matière comme forme. Pour quiconque s’intéresse à l’ubac peintre au-delà du mot-clé, c’est une œuvre entière qui attend d’être découverte.

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