Marie Laurencin : la peintre des Années folles, entre cubisme et pastel

Marie Laurencin (1883-1956) est l’une des rares femmes à avoir fréquenté le cercle des cubistes au Bateau-Lavoir, avant de développer un style immédiatement reconnaissable : des figures féminines aux grands yeux sombres, peintes dans une gamme douce de roses, de gris et de bleus. Portraitiste recherchée des Années folles, décoratrice pour les Ballets russes, elle a longtemps été plus célèbre que comprise.
Une jeunesse parisienne et une formation à l’Académie Humbert
Née à Paris en 1883, élevée par sa mère, Marie Laurencin apprend d’abord la peinture sur porcelaine à Sèvres, puis entre à l’Académie Humbert, boulevard de Clichy. Elle y rencontre Georges Braque, qui l’introduit dans le milieu des jeunes peintres de Montmartre.
Apollinaire et le Bateau-Lavoir
En 1907, Picasso lui présente le poète Guillaume Apollinaire. Leur liaison dure environ cinq ans et marque profondément les deux artistes : Apollinaire écrit pour elle et après leur rupture, et Laurencin le représente à plusieurs reprises. Le Douanier Rousseau les peint ensemble dans La Muse inspirant le poète (1909).
Dans Apollinaire et ses amis (1909, Centre Pompidou), elle se figure elle-même au milieu de Picasso, Apollinaire et Fernande Olivier. Ses toiles de cette période empruntent au cubisme quelques simplifications de formes, mais sans jamais adopter sa décomposition de l’espace. Elle expose néanmoins avec les cubistes, notamment au Salon des Indépendants de 1911.
L’exil espagnol et le retour triomphal
En 1914, elle épouse un baron allemand, Otto von Wätjen. La déclaration de guerre, quelques semaines plus tard, lui fait perdre sa nationalité française : le couple doit s’exiler en Espagne, puis en Allemagne. Elle divorce et revient à Paris en 1921.
Les années 1920 sont celles de son plus grand succès. Elle devient la portraitiste de la haute société et du monde de la mode. Son portrait de Coco Chanel (1923), refusé par la couturière qui ne s’y reconnaissait pas, est aujourd’hui conservé au musée de l’Orangerie, à Paris.
Un style reconnaissable entre mille
- Une palette restreinte de rose, gris perle, bleu pâle, vert d’eau, avec des noirs profonds pour les yeux et les cheveux ;
- Des figures féminines souples, aux visages ovales et aux regards en amande, souvent accompagnées de chiens, de chevaux ou d’oiseaux ;
- Une absence presque totale d’hommes dans son œuvre de maturité, un monde exclusivement féminin et rêveur ;
- Des aplats légers et une matière fluide, proche de l’aquarelle.
Ce style décoratif lui a valu à la fois le succès commercial et un certain mépris de la critique moderniste, qui l’a jugé trop « joli ». Il est aujourd’hui relu comme une affirmation consciente d’un univers féminin autonome.
Les Biches et le travail pour la scène
En 1924, Serge Diaghilev lui confie les décors et costumes des Biches, ballet des Ballets russes sur une musique de Francis Poulenc, chorégraphié par Bronislava Nijinska. Le succès est considérable. Elle travaille ensuite pour d’autres spectacles, ainsi que pour l’illustration de livres et la décoration intérieure.
Où voir les œuvres de Marie Laurencin
- Musée de l’Orangerie, Paris : plusieurs toiles de la collection Walter-Guillaume, dont le portrait de Chanel.
- Centre Pompidou, Paris : Apollinaire et ses amis et d’autres œuvres.
- Musée Marie Laurencin, au Japon : fondé par un collectionneur japonais, il a rassemblé le plus grand ensemble au monde ; son accès a varié selon les périodes, vérifiez la situation avant tout projet de visite.
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Questions fréquentes sur Marie Laurencin
Marie Laurencin était-elle cubiste ?
Elle a fréquenté et exposé avec les cubistes, et son œuvre de jeunesse en porte quelques traces, mais elle n’a jamais adopté la méthode cubiste. Apollinaire l’a pourtant citée dans son livre Les Peintres cubistes (1913).
Quel lien entre Marie Laurencin et Apollinaire ?
Ils ont été amants de 1907 à 1912 environ. Le poème « Le Pont Mirabeau » est traditionnellement associé à leur rupture.
Où est enterrée Marie Laurencin ?
Morte à Paris en 1956, elle repose au cimetière du Père-Lachaise, vêtue de blanc, une rose à la main et, selon son souhait, avec les lettres d’Apollinaire sur le cœur.

