André Derain : du fauvisme de Collioure au retour à l’ordre

Barques colorées dans un port méditerranéen ensoleillé

André Derain (1880-1954) a été, avec Henri Matisse, l’un des deux inventeurs du fauvisme. En quelques années, il peint certains des paysages les plus éclatants de l’art moderne, puis tourne le dos à l’avant-garde pour une peinture inspirée des maîtres anciens. Ce parcours inattendu fait de lui l’un des peintres les plus discutés du XXe siècle.

Chatou et l’amitié avec Vlaminck

Né en 1880 à Chatou, dans les Yvelines, fils d’un commerçant, Derain se destine d’abord à des études d’ingénieur, puis fréquente l’Académie Carrière, où il rencontre Matisse. En 1900, il fait la connaissance de Maurice de Vlaminck lors d’un incident de train de banlieue. Les deux jeunes gens louent ensemble un atelier dans une ancienne guinguette sur l’île de Chatou. On parle depuis de l’« école de Chatou » pour désigner leurs recherches communes, nourries par la découverte de Van Gogh.

L’été 1905 à Collioure

Après son service militaire, Derain rejoint Matisse à Collioure, petit port catalan des Pyrénées-Orientales, durant l’été 1905. Les deux peintres y poussent la couleur pure à son paroxysme : ombres bleues ou violettes, arbres rouges, mer orange. Derain peint alors Le Phare de Collioure, Bateaux dans le port de Collioure et un portrait célèbre de Matisse.

À l’automne, leurs toiles sont accrochées dans la même salle du Salon d’automne. Le critique Louis Vauxcelles, apercevant une sculpture classique au milieu de ces couleurs violentes, parle de « Donatello parmi les fauves ». Le nom du mouvement est né. Pour découvrir d’autres membres du groupe, lisez nos portraits d’Othon Friesz et de Charles Camoin.

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Les vues de Londres

En 1906, le marchand Ambroise Vollard envoie Derain à Londres. Il veut une réponse fauve aux vues de la Tamise peintes par Monet. Derain rapporte une trentaine de toiles éblouissantes : Charing Cross Bridge, Big Ben, Le Pont de Westminster, Hyde Park. Le brouillard londonien y devient jaune, vert ou rose. Ces tableaux, très recherchés, sont aujourd’hui dispersés entre le musée d’Orsay, la National Gallery of Art de Washington et plusieurs collections privées.

Le tournant : Cézanne, puis les maîtres anciens

Dès 1907, Derain s’éloigne de la couleur pure. Influencé par Cézanne et proche de Picasso, il construit davantage ses formes, sans jamais devenir cubiste. Après la Première Guerre mondiale, qu’il fait au front, il s’engage dans un « retour à l’ordre » : portraits, nus, natures mortes et paysages inspirés de Corot, des primitifs italiens ou de la peinture française du XVIIe siècle.

Ce choix lui vaut un immense succès dans les années 1920, puis le mépris des avant-gardes, qui y voient une trahison. Une partie de la critique contemporaine réévalue aujourd’hui cette période comme une réflexion originale sur la tradition.

Le décor de théâtre et l’illustration

Derain travaille beaucoup pour la scène, notamment pour les Ballets russes de Diaghilev avec La Boutique fantasque (1919). Il illustre aussi des livres, dont des textes d’Apollinaire et de Rabelais, et sculpte.

Une fin de carrière assombrie

En 1941, sous l’Occupation, Derain participe à un voyage d’artistes français en Allemagne organisé par la propagande nazie, avec notamment Vlaminck et Van Dongen. Ce voyage lui sera durablement reproché après la Libération et contribue à son isolement. Il meurt en 1954 à Garches, renversé par un véhicule.

Où voir les œuvres de Derain

  • Musée de l’Orangerie, Paris : une salle entière de la collection Walter-Guillaume, surtout des œuvres de la période classique.
  • Musée d’Orsay et Centre Pompidou : des toiles fauves majeures.
  • Musée d’Art moderne de Troyes : un ensemble important de la collection Pierre et Denise Lévy, présenté dans notre guide de visite du musée.
  • Musée de l’Annonciade, Saint-Tropez, pour la période fauve.
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Questions fréquentes sur André Derain

Derain ou Matisse : qui a inventé le fauvisme ?

Les deux. Le fauvisme naît de leur travail commun à Collioure en 1905. Matisse en est considéré comme le chef de file, mais Derain en est l’autre pilier, avec Vlaminck.

Pourquoi Derain a-t-il abandonné le fauvisme ?

Il jugeait que la couleur pure menait à une impasse décorative. Il a cherché une peinture plus construite, d’abord avec Cézanne, puis en dialogue avec les grands maîtres du passé.

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