Goya, peintre de la cour et des cauchemars : vie et œuvres majeures

Plaque de cuivre vierge et outils de gravure sur un établi

Francisco de Goya (1746-1828) a mené deux carrières en une seule vie. La première est celle d’un portraitiste brillant, devenu premier peintre de la cour d’Espagne. La seconde est celle d’un témoin implacable de la guerre, de la superstition et de la folie, qui a ouvert la voie à l’art moderne. C’est ce double visage qui fait de Goya l’un des peintres les plus étudiés de l’histoire.

De Fuendetodos à la cour de Madrid

Goya naît en 1746 à Fuendetodos, petit village d’Aragon, et se forme à Saragosse. Après un voyage en Italie, il s’installe à Madrid dans les années 1770. Ses premiers travaux importants sont des cartons pour la Manufacture royale de tapisseries de Santa Bárbara : des scènes populaires, colorées et vivantes, comme L’Ombrelle ou Le Pantin, aujourd’hui au musée du Prado.

Son ascension est rapide. Il devient peintre du roi en 1786, peintre de chambre en 1789, puis premier peintre de la cour en 1799. Il réalise alors les portraits de l’aristocratie et de la famille royale.

La Famille de Charles IV : un portrait sans flatterie

Peint vers 1800, La Famille de Charles IV (Prado) réunit le roi, la reine Marie-Louise et leurs proches. Goya s’y représente lui-même, dans l’ombre, devant une toile, en hommage aux Ménines de Velázquez. Les visages sont rendus avec une franchise qui frappe encore : on y a longtemps vu une satire, même si la cour semble avoir accepté le tableau sans protester.

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La surdité et le tournant intérieur

En 1792-1793, une grave maladie laisse Goya complètement sourd. Ce retrait forcé coïncide avec une œuvre plus personnelle. En 1799, il publie Les Caprices, une série de 80 gravures qui attaquent la superstition, l’Inquisition, la corruption et la bêtise. La planche la plus célèbre porte cette légende : « Le sommeil de la raison engendre des monstres ».

À la même période, il peint les deux Majas, l’une habillée, l’autre nue, qui lui vaudront plus tard d’être convoqué par l’Inquisition.

La guerre : le Tres de Mayo et les Désastres

L’invasion de l’Espagne par les troupes napoléoniennes, à partir de 1808, marque profondément Goya. En 1814, il peint Le Dos de Mayo et Le Tres de Mayo (Prado). Ce dernier montre l’exécution de civils madrilènes par un peloton français : le condamné aux bras levés, éclairé par une lanterne, est devenu l’image universelle de la victime de guerre. Picasso s’en souviendra pour Massacre en Corée.

Il grave aussi Les Désastres de la guerre, 82 planches d’une violence crue, qui ne seront publiées qu’en 1863, bien après sa mort.

Les Peintures noires de la Quinta del Sordo

Vers 1819-1823, Goya peint directement sur les murs de sa maison de campagne près de Madrid, la Quinta del Sordo (« maison du sourd »), quatorze scènes sombres : Saturne dévorant un de ses fils, Le Sabbat, Duel au gourdin, Le Chien. Ces œuvres n’étaient pas destinées au public. Transférées sur toile à la fin du XIXe siècle, elles sont aujourd’hui exposées au Prado, dans une salle qui reste l’une des expériences les plus saisissantes du musée.

L’exil et la mort à Bordeaux

Hostile au retour de l’absolutisme sous Ferdinand VII, Goya quitte l’Espagne en 1824 et s’installe à Bordeaux. Malgré son âge, il y expérimente encore la lithographie avec la série des Taureaux de Bordeaux et peint La Laitière de Bordeaux. Il y meurt en 1828. Sa dépouille repose aujourd’hui à Madrid, dans l’ermitage de San Antonio de la Florida, dont il avait peint les fresques.

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Où voir Goya

  • Musée du Prado, Madrid : la plus grande collection au monde, dont les Peintures noires, les Majas et le Tres de Mayo.
  • Musée Goya, Castres : musée d’art hispanique qui conserve notamment l’Autoportrait aux lunettes et La Junte des Philippines, ainsi que les grandes séries gravées.
  • Palais des Beaux-Arts de Lille : Les Jeunes et Les Vieilles, deux toiles majeures.
  • Musée du Louvre : plusieurs portraits, dont celui de la marquise de la Solana.

Pour replacer Goya parmi ses compatriotes, de Velázquez à Picasso, consultez notre panorama des artistes espagnols.

Questions fréquentes sur Goya

Quel est le tableau le plus célèbre de Goya ?

Le Tres de Mayo (1814) est sans doute le plus connu, suivi des Majas et de Saturne dévorant un de ses fils.

Pourquoi Goya est-il considéré comme un précurseur de l’art moderne ?

Parce qu’il rompt avec la peinture d’apparat pour exprimer une vision personnelle, souvent angoissée, et pour témoigner des horreurs de son temps. Manet, les expressionnistes et les surréalistes l’ont tous revendiqué.

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